Thomas Sankara: two complete speeches
Speech · Anti-Colonialism & National Liberation · 49:51
Thomas Sankara
Summary
This archival episode presents two complete speeches by Thomas Sankara. The first speech was delivered at the 23rd OAU summit in Addis Ababa, where Sankara addresses the Chadian-Libyan conflict, urging face-to-face dialogue, and delivers a forceful critique of African debt, arguing that it is rooted in colonialism and neocolonialism, calling for a united front to refuse repayment. The second speech takes place at a press conference in Ouagadougou following the August 4th, 1983 revolution that brought the CNR to power in Upper Volta (soon to be Burkina Faso). Sankara discusses the political motivations behind the coup, the role of the CNR, and the revolution's commitment to anti-imperialism and self-reliance, while also highlighting the promotion of local products like Faso Danfani fabric.
Transcript (diarized)
Speaker 1: Le président Bongo a porté de graves accusations contre la Libye qu'il rend responsable de l'échec du comité ad hoc. Il reproche aux dirigeants de ce pays d'avoir refusé de recevoir la délégation du comité ad hoc. En réalité, si la délégation n'a pas été reçue par le leader Kadhafi lui-même, elle l'a été en revanche par ses collaborateurs. Quittant prématurément la conférence, le président Bongo a regagné Libreville puis les États-Unis. Une atmosphère tendue pesait sur la salle de conférence. Il s'y dégageait comme un certain malaise, une sorte de conspiration inavouée, une véritable fronde antilibyenne. Le président Hussein Naberé, qui participe pour la première fois à un sommet de l'OUA, avait le beau rôle. Il a réitéré son accusation contre la Libye qui occupe selon lui 500 000 kilomètres carrés du territoire tchadien. Le président Kenneth Kaunda du Zambie, 63 ans, qui vient de succéder pour un an au président Sassou Nguesso du Congo à la tête de l'OUA, dirigeait les débats. Il avait déjà occupé cette charge en 1964 alors qu'il était le plus jeune président africain. L'intervention libyenne peu musclée n'a pu rallier les chefs d'État à sa cause. Dès lors, Hissen Abré et sa délégation pouvaient savourer leur triomphe du moment. Au milieu d'une salle acquise à la cause du Tchad, deux voix se sont élevées pour apporter leur contribution positive au débat entaché visiblement de partialité. D'abord celle du président Didier Ratsiraka de Madagascar, qui a proposé soit la création d'un nouveau comité ad hoc, soit la présentation du dossier à la Cour internationale de justice de La Haye. Ensuite, celle du président du CNR et du Faso, qui a totalement décrispé l'atmosphère. Le camarade Sankara a proposé la création d'un comité de chefs d'État. Comme à son habitude, il est allé droit au but, sans faux-fuyant, sans détour, comme dirait notre confrère Serge Théophile Balima. Son intervention était attendue avec une appréhension mêlée d'hostilité. On le sait en effet proche du colonel Kadhafi. Le camarade président, vous allez l'entendre, a réussi un tour de force en mettant dans sa poche toutes ces sommités réunies. Il rappelle tout d'abord l'exemple donné aux autres pays africains par le Mali et le Burkina Faso.
Speaker 2: Nous ne nous étions pas rencontrés, Malière aurait eu beaucoup de mal, sinon même une impossibilité à se rencontrer, et la Cour internationale de justice n'en aurait rien pu faire. Mais aujourd'hui, le président du Burkina Faso Demeure exemple de fraternité dans cette salle. Lui est loin, nous téléphonons régulièrement pour savoir s'il a reçu de la pluie. Il y a tellement de choses, mais pour prendre du temps, je pense que tant que nous n'allons pas réussir à mettre les dirigeants libyens et les dirigeants tchadiens corps à corps, face à face, Il est illusoire pour vous de développer des arguments, quelle que soit la qualité de leur valeur, quelle que soit la beauté, la rhétorique, ne parviendront jamais à résoudre le problème du Tchad. Au contraire, nous devons mettre tout à la disposition du Tchad et de la Libye jusqu'à notre susceptibilité. Et même s'il fallait passer des nuits et des nuits ici, il faudrait que nous le passions Parce que sur le terrain, d'autres veillent. Et ce qui m'inquiète le plus, Monsieur le Président, c'est que pour se défendre, aucun État ne recule devant les alliances et les compromis tactiques ou stratégiques. Aucun État ne discute sur les solutions pour obtenir la victoire ou pour écarter la guerre. Chacun devant la guerre se comporte exactement comme n'importe quel malade devant n'importe quel charlatan, acceptant tous les remèdes, même ceux qui visiblement relèvent simplement de l'intimidation. Si nous levons la séance sans avoir proposé une solution, Monsieur le Président, vous apporterez l'anti- responsable. Pour ne pas être simplement celui qui porte des critiques, je voudrais vous dire que le Burkina Faso est prêt à rencontrer et les Tchadiens et les Libyens. J'ai déjà rencontré mon frère Christian Mabry. Lorsque je serai sorti de cette salle, je passerai par la Libye et je dirai à Kadhafi qu'il a accusé de ne pas respecter l'Afrique. Est-ce que c'est vrai? Je lui poserai la question. Je souhaite que d'autres chefs d'État veuillent bien m'accompagner. C'est la proposition que nous voulons faire à Nakana, que vous vous et moi, nous puissions nous rendre à Pretoria parce que nous avons plus de déclarations à faire là-bas. Je vous remercie.
Speaker 1: Les chefs d'État africains ont finalement décidé de placer une fois de plus leur confiance au président Bongo malgré sa démission et de reconduire purement et simplement le mandat du comité ad hoc dans sa composition initiale. Ce comité comprend, rappelons-le, l'Algérie, le Cameroun, le Gabon, le Nigeria, le Mozambique et le Sénégal. Au sujet de l'ONU, suivons le président Sankara.
Speaker 2: Et c'est pourquoi je voudrais proposer, Monsieur le Président, que nous établissions un barème de sanctions pour les chefs d'État qui ne répondent pas présents à l'appel, faisant en sorte que par un ensemble de points de bonne conduite, ceux qui viennent régulièrement comme nous par exemple, puissent être soutenus dans certains de leurs efforts. Exemple, les projets que nous soumettons à la BAD, la Banque africaine de développement, doivent être affectés d'un coefficient d'africanité. Les moins africains, les moins africains seraient pénalisés. Et comme cela, tout le monde viendra aux réunions ici.
Speaker 1: Le président du CNR et du Faso aborde maintenant le problème de la dette des pays africains.
Speaker 2: Nous estimons que la dette s'analyse d'abord de par ses origines. Les origines de la dette remontent aux origines du colonialisme. Ceux qui nous ont prêté de l'argent, ce sont ceux-là qui nous ont colonisés. Ce sont les mêmes qui géraient nos États et nos économies. Ce sont les colonisateurs qui endettaient l'Afrique auprès des bailleurs de fonds, leurs frères et cousins. Nous étions étrangers à cette dette, nous ne pouvons donc pas la payer. La dette, c'est encore le néocolonialisme où les colonisateurs se se sont transformés en assistants techniques. En fait, nous devrions dire qu'ils se sont transformés en assassins techniques. Et ce sont eux qui nous ont proposé des sources de financement, des bailleurs de fonds, un terme que l'on emploie chaque jour comme s'il y avait des hommes dont le bâillement suffisait à créer le développement chez les autres. Ces bailleurs de fonds nous ont été conseillés, recommandés. On nous a présenté des montages financiers alléchants, des dossiers. Nous nous sommes endettés pour 50 ans, 60 ans, même plus. C'est-à-dire que l'on nous a amenés à compromettre nos peuples pendant 50 ans et plus. Mais la dette, c'est sa forme actuelle. Contrôlée, dominée par l'impérialisme. Une reconquête savamment organisée pour que l'Afrique, sa croissance, son développement obéissent à des paliers, à des normes qui nous sont totalement étrangères, faisant en sorte que chacun de nous devienne l'esclave financier, c'est-à-dire l'esclave tout court, de ceux qui ont eu l'opportunité, la ruse, la fourberie de placer les fonds chez nous avec l'obligation de rembourser. On nous dit de rembourser la dette. Ce n'est pas une question morale, ce n'est point une question de ce prétendu honneur que de rembourser ou de ne pas rembourser. Monsieur le Président, nous avons écouté et applaudi le Premier ministre de Norvège lorsqu'elle est intervenue ici même. Elle a dit, elle qui est européenne, que toute la dette ne peut pas être remboursée. La dette ne peut pas être remboursée. La dette ne peut pas être remboursée parce que d'abord, si nous ne payons pas, Nos bailleurs de fonds ne mourront pas, soyons-en sûrs. Par contre, si nous payons, c'est nous qui allons mourir, soyons-en sûrs également. Ceux qui nous ont amenés, ceux qui nous ont conduits à l'endettement ont joué comme dans un casino. Quand ils gagnaient, il n'y avait point de débat, mais Maintenant qu'ils ont perdu au jeu, ils nous exigent le remboursement et l'on parle de crise. Non, Monsieur le Président, ils ont joué, ils ont perdu, c'est la règle du jeu. La vie continue. Ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous n'avons pas pas de quoi payer. Nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous ne sommes pas responsables de la dette. Nous ne pouvons pas payer la dette parce qu'au contraire, les autres nous doivent ce que les plus grandes richesses ne pourront jamais payer, c'est-à-dire la dette de sang. C'est notre sang qui a été versé On parle du plan Marshall qui a refait l'Europe économique, mais l'on ne parle jamais du plan africain qui a permis à l'Europe de faire face aux hordes hitlériennes lorsque leur économie était menacée, leur stabilité était menacée. Qui a sauvé l'Europe? C'est l'Afrique. On en parle très peu, on en parle si peu que nous ne pouvons pas, nous, être complices de ce silence ingrat. Si les autres ne peuvent pas chanter nos louanges, nous avons au moins le devoir de dire que nos pères furent courageux et que nos anciens combattants ont sauvé l'Europe et finalement ont permis au monde de se débarrasser du nazisme. La dette C'est aussi la conséquence des affrontements. Et lorsque l'on nous parle aujourd'hui de crise économique, l'on oublie de nous dire que la crise n'est pas venue de façon subite. La crise existe de tout temps et elle ira en s'aggravant chaque fois que les masses populaires seront de plus en plus conscientes de leurs droits face aux aux exploiteurs. Il y a crise aujourd'hui parce que les masses refusent que les richesses soient concentrées entre les mains de quelques individus. Il y a crise parce que quelques individus déposent dans des banques à l'étranger des sommes colossales qui suffiraient à développer l'Afrique. Il y a crise parce que face à ces richesses individuelles que l'on peut nommer les masses populaires refusent de vivre dans les ghettos, dans les bas quartiers. Il y a crise parce que les peuples partout refusent d'être dans Soweto face à Johannesburg. Il y a donc lutte, et l'exacerbation de cette lutte amène les tenants du pouvoir financier à s'inquiéter. On nous demande aujourd'hui d'être complices de la recherche d'un équilibre Équilibre en faveur des tenants du pouvoir financier, équilibre au détriment de nos masses populaires. Non, nous ne pouvons pas être complices. Non, nous ne pouvons pas accompagner ceux qui sucent le sang de nos peuples et qui vivent de la sueur de nos peuples. Nous ne pouvons pas les accompagner dans leur démarche assassine. Monsieur le Président, nous entendons parler de clubs. Club de Rome, Club de Paris, club de partout. Nous entendons parler du groupe des 5, du groupe des 7, du groupe des 10, peut-être du groupe des 100, et que sais-je encore. Il est normal que nous créions notre club et notre groupe. Faisons en sorte que dès aujourd'hui Addis-Abeba devienne également le ciel le centre d'où partira le souffle nouveau, le club d'Addis-Abeba. Nous avons le devoir aujourd'hui de créer le front uni d'Addis-Abeba contre la dette. Ce n'est que de cette façon que nous pourrons dire aux autres, en refusant de payer la dette, nous ne venons pas dans une démarche belliqueuse, au contraire, c'est dans une démarche stratégique. Fraternel pour dire ce qui est. Du reste, les masses populaires en Europe ne sont pas opposées aux masses populaires en Afrique, mais ceux qui veulent exploiter l'Afrique, ce sont les mêmes qui exploitent l'Europe. Nous avons un ennemi commun. Donc notre club, parti d'Addis-Abeba, devra également dire aux uns et aux autres que la dette ne saurait être payée. Et quand nous disons que la dette ne saurait être payée, ce n'est point que nous sommes contre la morale, la dignité, le respect de la parole, parce que nous estimons que nous n'avons pas la même morale que les autres. Entre le riche et le pauvre, il n'y a pas la même morale. La Bible, le Coran ne peut pas servir de la même manière Celui qui exploite le peuple est celui qui est exploité. Il faudrait alors qu'il y ait 2 éditions de la Bible et 2 éditions du Coran. On ne peut pas accepter qu'on nous parle de dignité. Nous ne pouvons pas accepter que l'on nous parle de mérite de ceux qui payent et de perte de confiance vis-à-vis de ceux qui ne paieraient pas. Nous devons au contraire dire que c'est normal aujourd'hui. Nous devons au contraire reconnaître que les plus grands voleurs sont les plus riches. Un pauvre, quand il vole, ne commet qu'un larcin ou une peccadille tout juste pour survivre par nécessité. Les riches, les riches, ce sont eux qui volent le fisc, les douanes, et qui exploitent les peuples. Et c'est Monsieur le Président, ma proposition ne vise pas simplement à provoquer ou à faire du spectacle. Je voudrais dire ce que chacun de nous pense et souhaite. Qui ici ne souhaite pas que la dette soit purement et simplement effacée? Celui qui ne le souhaite pas, il peut sortir, prendre son avion et aller tout de suite à la Banque mondiale payer. Tous nous souhaitons proposition n'est pas non plus— je ne voudrais pas que l'on prenne la proposition du Burkina Faso comme celle qui viendrait de la part de jeunes sans maturité, sans expérience. Je ne voudrais pas non plus que l'on pense qu'il n'y a que les révolutionnaires à parler de cette façon. Je voudrais que l'on admette que c'est simplement l'objectivité et l'obligation Et je peux citer dans les exemples de ceux qui ont dit de ne pas payer la dette des révolutionnaires comme des non-révolutionnaires, des jeunes comme des vieux. Je citerai par exemple Fidel Castro, a déjà dit de ne pas payer. Il n'a pas mon âge, même s'il est révolutionnaire. Mais je pourrais citer également François Mitterrand qui a dit que les pays africains ne pas payer. Les pays pauvres ne peuvent pas. Je pourrais citer Madame le Premier ministre, je ne connais pas son âge et je ne, je m'en voudrais de le lui demander, mais c'est un exemple. Je voudrais citer également le président Félix Houphouët-Boigny, il n'a pas mon âge, ce panel a déclaré officiellement, publiquement, qu'au moins pour ce qui concerne son pays, la Côte d'Ivoire ne peut pas payer. Or, la Côte d'Ivoire est classée parmi les pays les plus aisés d'Afrique, au moins d'Afrique francophone. C'est pourquoi d'ailleurs il est normal qu'elle paye plus en contribution ici. Monsieur le Président, c'est donc pas de la provocation. Je voudrais que très sagement vous nous offriez des solutions. Je voudrais que notre conférence adopte la nécessité de dire clairement que nous ne pouvons pas payer la dette, non pas dans un esprit belliqueux, belliciste, ceci pour éviter que nous nous allions individuellement nous faire assassiner. Si le Burkina Faso tout seul refuse de payer la dette, je ne serai pas là à la prochaine conférence. Par contre, avec le soutien de tous dont j'ai besoin, avec le soutien de tous nous pourrons éviter de payer. Et en évitant de payer, nous pourrons à notre développement. Et je voudrais terminer en disant, chaque fois qu'un pays africain achète une arme, c'est contre un Africain. Ce n'est pas contre un Européen, ce n'est pas contre un Asiatique, c'est contre un Africain. Par conséquent, nous devons également dans le dans la lancée de la résolution de la question de la dette trouver une solution au problème de l'armement je suis militaire et je porte une arme mais monsieur le président je voudrais que nous nous désarmions parce que moi je porte l'unique arme que je possède et d'autres ont camouflé les armes qu'ils ont alors alors Alors, chers frères, avec le soutien de tous, avec le soutien de tous, nous pourrons faire la paix chez nous. Nous pourrons également utiliser ces immenses potentialités pour développer l'Afrique parce que notre sol, notre sous-sol sont riches. Nous avons suffisamment de bras et nous avons un marché immense, très vaste. Du nord au sud, de l'est à l'ouest. Nous avons suffisamment de capacités intellectuelles pour créer, ou tout au moins prendre la technologie et la science partout où nous pourrons les trouver. Monsieur le Président, faisons en sorte que nous mettions au point ce Fonds uni d'Addis-Abeba contre la dette. Faisons en sorte que ce soit à partir d'Addis-Abeba que nous décidions de limiter la course aux armements entre pays faibles et pauvres. Les gourdins et les coutelas que nous achetons sont inutiles. Faisons en sorte également que le marché africain soit le marché des Africains. Produire en Afrique, transformer en Afrique et consommer en Afrique. Produisons ce dont nous nous avons besoin et consommons ce que nous nous produisons au lieu d'importer. Le Burkina Faso est venu vous exposer ici la cotonnade produite au Burkina Faso, tissée au Burkina Faso, cousue au Burkina Faso pour habiller les Burkinabés. Ma délégation et moi-même, nous sommes habillés par nos tisserands, nos paysans. Il n'y a pas un seul fil qui vient de l'Europe ou de l'Amérique. Je ne fais pas un défilé de mode, mais je voudrais simplement dire, mais je voudrais simplement dire que nous devons accepter de vivre africain. C'est la seule façon de vivre libre et de vivre digne. Je vous remercie, Monsieur le Président. La patrie ou la mort, nous vaincrons.
Speaker 1: Notre Faso d'Anfani est allée à la conquête du continent africain pour un coup d'essai. Ce fut un coup de maître, le succès a été total. La camarade Wedrago née Jeanne Coulibaly nageait dans le bonheur. Elle vient de réussir une percée fantastique.
Speaker 2: Dans un premier temps, nous sommes venus ici pour faire connaître d'abord les produits burkinabés. Mais arrivés sur place ici à Africa Hall, nous nous sommes rendus compte que les gens étaient plutôt intéressés par l'achat. Donc en venant, nous n'avons amené que quelques petits échantillons. Mais vu l'affluence, vu la forte demande qui s'est présentée, présentés à nous, nous étions obligés d'envoyer rapidement un telex au Burkina Faso pour demander encore qu'on nous vienne en renfort. C'est ainsi que j'ai reçu près de 200 à 300 sacs, vous êtes à 300 pagnes. Vous êtes témoin de ce qui se passe présentement ici, c'est presque la lutte pour avoir une tenue Faso d'enfants et les pagnes aussi.
Speaker 1: Fanny a damé le pion à un stand éthiopien de vêtements, son voisin et rival déserté par la clientèle. Madame Gertrude Mensa, traductrice à l'Ouya, s'est déclarée intéressée.
Speaker 2: Lorsque nous avons entendu parler du Faso d'Anfani, on n'avait pas compris qu'il y avait toutes ces variétés de tissus. Et c'est la première fois que je vois une exposition de Faso d'Anfani et je suis très intéressée. J'ai choisi pas mal d'échantillons. Échantillons que je vais faire commander au Burkina Faso et je les ferai, ils me les feront parvenir par des amis ici à Addis-Abeba. Et je pense qu'on pourra faire quelque chose de vraiment très joli avec, surtout pour les femmes.
Speaker 1: Le 23e sommet de l'OUA a convenu d'une conférence économique en septembre prochain pour étudier les moyens d'alléger le fardeau de la dette des pays africains, dette qui s'élève à environ 175 milliards de dollars. Pendant son discours inaugurant son mandat, le président Kaunda a demandé à ses pairs de s'engager à édifier une communauté économique continentale à l'horizon 2000 et à réaliser l'indépendance et la libération totale de l'Afrique du Sud et de la Namibie. Le 23e sommet de l'OUA a fustigé l'attitude de certains pays occidentaux, notamment les États-Unis, la Grande-Bretagne et la République fédérale d'Allemagne, qui refuse de voter au Conseil de sécurité de l'ONU les sanctions globales et obligatoires contre l'Afrique du Sud. Le 23e sommet de l'OEA a élu son bureau qui comprend, outre la Zambie qui en assure la présidence, 9 autres pays qui se partagent les vice-présidences. Ce sont l'Éthiopie, le Burkina Faso, le Rwanda, la Tanzanie, le Mozambique, le Ghana, la Tunisie, le Tchad et le Nigeria. Le sommet s'est penché sur le renouvellement des mandats des secrétaires généraux adjoints de l'OUA, des postes apparemment sans enjeu et qui pourtant suscitent de l'intérêt. L'Égypte s'est portée candidate et n'a pas hésité à faire le déplacement à Addis-Abeba avec une très forte délégation de 270 membres. L'Algérie occupe ce poste depuis une vingtaine d'années et s'y accroche. Allez savoir ce qui se cache derrière. Quant au poste de directeur généraux de l'UNESCO et de la FAO, messieurs Matarombo et Sawouman sont venus solliciter l'appui des pays africains en vue des prochaines échéances. Le Sénégalais Mbo s'abstient de déclarer sa candidature et attend que les chefs d'État le proposent. Le candidat mauritanien, monsieur Baba Miskine, est lui aussi intéressé par le poste. À la FAO, la course est engagée entre l'actuel directeur général, le Libanais Édouard Saouma et le Béninois Moïse Mensa. Toujours au rendez-vous des événements, les médias se sont mobilisés pour transmettre au monde entier l'information utile. Malheureusement, ils ne rencontrent pas toujours la disponibilité souhaitée. Ils ont par exemple été chassés comme des malpropres juste avant l'intervention du président Bongo sur le Tchad. Que sont-ils donc venus chercher à Addis-Abeba? En dehors des réunions officielles, les chefs d'État prennent de nombreux contacts entre eux. Les travaux de fond se mènent à ce niveau. Pour sa part, le président Sankara a eu de nombreux entretiens avec plusieurs personnalités. Il a rencontré le président Omar Bongo du Gabon, Chadli Benjedid d'Algérie, le secrétaire général de l'ONU, Sam Nujema de la SWAPO, Simeon Aké, ministre des Affaires étrangères de Côte d'Ivoire, le président de la République arabe sahraouie démocratique, Hissen Havré du Tchad, Mengistu Haile Mariam d'Éthiopie, Didier Ratsiraka de Madagascar. À l'issue de leur entretien, les deux présidents se sont prêtés aux questions de la presse malgache et burkinabè. Le président malgache a laissé entendre qu'il effectuerait un jour une visite au Burkina Faso. J'irai un jour, mais il faut que j'en ai les moyens. Vous savez, moi, quand je voyage à l'extérieur, souvent c'est l'Union soviétique, par exemple, qui me prête un avion. C'est le président Kim Il-sung de la Corée qui du Nord qui me prête un avion. Je n'ai pas les moyens de certains pays qui ont des ressources pétrolières pour, pour aller visiter. J'aurais bien voulu, moi, faire un tour dans l'Afrique de l'Ouest, visiter le Burkina, le Ghana, le Bénin, etc. Mais je vous promets que je viendrai un jour. Fidèle à l'engagement pris devant ses pairs, le camarade président du CNR et du Faso s'est envolé avant la fin du sommet à destination de la Libye pour rencontrer le colonel Kadhafi. Il a fait escale à Koufra, ville libyenne de 30 000 habitants, où il a été accueilli par les structures populaires locales. Koufra se trouve à 1700 km de Tripoli et sur cette distance, la Libye a construit un aéroport tous les 300 km. À Sirte, le président Sankara et le colonel Kadhafi se sont entretenus longuement. Les différents tchados libyens ont été, vous vous en doutez, au centre de la conversation. Le Burkina Faso a rempli son devoir vis-à-vis de l'Afrique.
Thomas Sankara: Je tiens à vous remercier d'avoir répondu à mon invitation et je tiens votre présence comme l'expression de votre souci d'objectivité. À tous ceux d'entre vous venus de l'étranger qui ont fait le déplacement de Ouagadougou, soyez-en remerciés au nom du CNR, car votre présence ici est le témoignage de l'intérêt que vous, et à travers vous l'opinion de vos pays respectifs, portez à l'expérience révolutionnaire naissante en Haute-Volta. Témoins privilégiés de par votre profession de l'évolution politique de la Haute-Volta depuis le coup d'État du 7 novembre 1982, vous avez tous suivi les étapes du CSP jusqu'au 17 mai dernier. Jusqu'à cette date, nous avions posé des jalons de la libération de notre pays de toute tutelle et marqué le pas vers la restauration d'une vraie démocratie d'une vraie justice sociale. Ces objectifs auxquels le peuple voltaïque avait adhéré sans réserve, nous pensions les faire partager par tous par la voie du dialogue, de la discussion et de la persuasion. Dans toutes les initiatives, nous nous sentions bloqués par des forces antiprogressistes qui, pour se couvrir, invoquaient évoquait les pesanteurs sociales ou sociologiques. À aucun moment nous ne nous sommes départis de l'esprit du dialogue et nous prenions le temps, parfois trop de temps, pour expliquer nos initiatives et convaincre les réticences. Et à mesure que les idées progressistes se développaient au sein des larges couches de la population, La réaction intérieure comme extérieure se sentait menacée par ce courant populaire. Il n'était plus alors étonnant qu'elle utilise la force pour interrompre ce processus. C'est le sens du coup d'État du 17 mai dernier. On nous a alors accusés de tous les torts, d'avoir notamment frauduleusement introduit des armes en direction de Pau. D'avoir invité le colonel Kadhafi à l'insu du chef de l'État, d'avoir tenté d'imposer un type de société, et j'en passe. Sur toutes ces questions, nous sommes disposés à vous donner non seulement des explications, mais aussi des preuves matérielles qui ont été cachées au Voltaïque. Madame, messieurs les journalistes, la grande tribune que m'offre votre présence ici me permet de dire et de redire au peuple voltaïque et à tous les peuples du monde que la révolution voltaïque n'est dirigée contre aucun peuple, contre aucun État. Elle se veut une prise en main par notre peuple de ses propres destinées à travers une conscience politique claire et une reconversion des mentalités. Aussi me permettrez-vous d'adresser tous mes remerciements à ces millions de Voltaïques qui, depuis le 7 novembre 1982, nous ont toujours fait confiance. À tous ceux qui se sont battus contre l'arbitraire du 17 mai dernier, nous adressons également nos remerciements, qu'ils se soient battus à l'ombre ou au grand jour. Qu'ils se soient battus de manière concrète ou de par leurs critiques pertinentes. Nos remerciements vont également à ces millions de lecteurs, d'auditeurs et de téléspectateurs étrangers qui ont pour la revolta et pour la révolution cette réelle sympathie que nous tâchons de toujours mériter. La patrie ou la mort, nous vaincrons. Je vous remercie. Je vous remercie, Monsieur le Président. Le sens de votre déclaration nous amène tout droit à aborder les causes politiques du coup d'État du 4 août, et c'est ce qui constituera le premier volet de la situation politique intérieure. Et c'est à la radiodiffusion nationale que revient le privilège de vous poser la première question.
Speaker 2: Daniel de la radiodiffusion télévision voltaïque. Monsieur le Président, le 4 août est perçu par certains comme étant une action revancharde à l'encontre des tenants du pouvoir après le 17 mai. Alors, comment présentez-vous cette action et aussi la politique future du Conseil national de la Révolution?
Thomas Sankara: Oui, c'est exact. J'ai moi aussi entendu de telles analyses. Mes enfants, il faut considérer que pour certaines personnes, le problème du peuple voltaïque se pose simplement en termes de clans, et qu'il faut considérer aussi qu'il est tout à fait normal pour certains de voir dans chaque action des actions revanchardes, des reprises, des retours. Pour nous, nous pensons que le 4 août est simplement l'aboutissement, la concrétisation d'une volonté populaire que vous avez pu suivre ici en Volta. Du reste, nous disons que tous ces Voltaïques qui se sont mobilisés à Ouagadougou et ailleurs après ce fameux coup d'État du 17 mai dernier Tous ces Voltaïques ne se sont pas mobilisés simplement à cause du capitaine Sankara et de ses camarades, mais à cause d'un processus auquel ils étaient très attachés, processus de libération du peuple voltaïque pour qu'il prenne son destin, son développement en main. Ils se sont battus parce qu'ils n'admettaient pas les gifles infligées au peuple voltaïque. Ils se sont battus parce qu'il y avait comme une trahison des intérêts du peuple voltaïque, trahison aussi qu'il ne pouvait pas admettre. S'il y a revanche, il y a revanche du peuple contre la réaction qui s'était retrouvée autour de quelques hommes, de quelques individus, mais il n'y a pas revanche entre un groupe et un autre.
Speaker 2: Monsieur le Président, si vous permettez, il y a la politique future, comme je l'ai posée en deuxième partie de cette question, Comment vous la présentez, la politique future donc du Conseil national de la Révolution?
Thomas Sankara: La politique future, nous aurons l'occasion de la développer d'un point de vue idéologique, d'un point de vue politique également, et vous me permettrez de ne pas insister sur cette question pour l'heure. Néanmoins, je puis vous dire d'ores et déjà que nous envisageons cette politique de manière révolutionnaire.
Speaker 2: Serge Diophile Balima, Volta Vision. Monsieur le Président, le CNR est-il une continuation du CSP d'avant le 17 mai?
Thomas Sankara: Le CNR, continuation du CSP d'avant le 17 mai. Vous avez eu cette présence d'esprit de rectifier, enfin de préciser. Je vous remercie. Nous sommes d'accord, nous affirmons que le CNR est une continuation du CSP d'avant le 17 mai et un dépassement de ce CSP. C'est ce CSP d'avant le 17 mai qui nous a permis de nous lier au peuple voltaïque, de l'amener à s'exprimer et à nous dire quelles étaient ses aspirations sincères et profondes, de les connaître, ses aspirations. Et de définir à partir de ce moment une politique, celle du CSP de l'époque, qui devait progressivement amener le peuple voltaïque à prendre, à assumer réellement le pouvoir à son profit. Vous savez que ce CSP d'avant le 17 mai a pris fin avec précisément le 17 mai, c'est-à-dire que quelque part quelqu'un a trahi le peuple et cette trahison s'est opérée le 17 mai. Luc Adolphe Thiao de Carrefour Africain. Monsieur le Président, lors d'un entretien que vous avez eu avec les journalistes de Carrefour Africain alors que vous étiez Premier ministre, vous aviez dit que le CSP cherchait une stratégie pour mettre fin au putsch militaire en Haute-Volta. Maintenant que vous présidez aux destinées du peuple voltaïque, pensez-vous que le CNR être la dernière percée de l'armée dans les affaires politiques de l'État voltaïque. En tout cas, nous le souhaitons et nous sommes convaincus que la meilleure façon de limiter l'usurpation du pouvoir par un groupe d'individus militaires ou non C'est de responsabiliser d'abord le peuple. Entre des factions, entre des clans, on peut perpétrer des complots et des coups d'État. Contre le peuple, on ne peut pas perpétrer un coup d'État durable. Et par conséquent, la meilleure façon pour nous d'éviter que l'armée ne confisque à elle seule, pour elle seule, le pouvoir, c'est de faire partager d'ores et déjà ce pouvoir par le peuple voltaïque. C'est ce vers quoi nous tendons.
Speaker 2: Richard Amegou de l'Agence voltaïque de presse. Monsieur le Président, l'avènement du CSP le 7 novembre 82, beaucoup d'observateurs politiques vous en ont attribué la paternité. Si tel était le cas, Pourquoi n'avez-vous pas pris la direction politique, ce qui aurait pu du reste éviter les événements du 17 mai?
Thomas Sankara: C'est bien dommage, il y a des observateurs qui voient les problèmes politiques comme des bandes dessinées. Il faut un Zorro, il faut une vedette, il faut Non, le problème de la Haute-Volta est plus sérieux que cela et ça a été une grave erreur que d'avoir cherché coûte que coûte un homme, une vedette, jusqu'à en créer, c'est-à-dire attribuer la paternité au capitaine Sankara qui en fut le cerveau, etc. Je vous dirais que le 7 novembre est une histoire très complexe, pleine d'anecdotes. Le 7 novembre a donné naissance à un pouvoir qui était très hétérogène et un pouvoir très composite avec ses contradictions inévitables. Le 7 novembre, mes camarades et moi, tous nos efforts ont contribué, tous nos efforts cherchaient à empêcher le déroulement de ce coup d'État. C'est curieux, mais nous n'étions à Ouagadougou que par coïncidence. C'est curieux, mais nous avions tout fait auprès de ceux qui avaient intérêt à ce que ce 7 novembre ait lieu. Pour qu'ils abandonnent leur projet. Mais vous comprenez que la vision des problèmes politiques n'est pas la même pour tous. Pour certains, il suffit d'avoir les armes, d'avoir avec soi quelques unités, et on prend le pouvoir. Pour d'autres, et c'était notre conviction, le pouvoir doit être d'abord l'affaire d'un peuple conscient. Par conséquent, les armes ne constituaient qu'une solution ponctuelle, occasionnelle, complémentaire. Il n'y a pas de problème, nous les suivrons. Si au contraire ils en veulent, nous les suivrons également. Donc nous n'avons pas utilisé l'entrée du Mali à l'UMOA, notre droit de veto au niveau de l'UMOA contre le Mali, comme un moyen de pression, de chantage. Si nous devions en parler, ce serait dans un autre cadre, et nous n'avons pas l'intention de mêler aussi ce problème, cette question de l'UMOA, qui a bien servi, qui a servi très commodement ceux qui n'avaient pas d'autres arguments. Avec cet autre problème artificiel auquel vous faisiez allusion et que je ne connais pas.
Speaker 2: Monsieur le Président, si le soutien des pays africains au mouvement de libération a toujours été unanime, il n'en est pas de même sur les questions du conflit tchadien et du Sahara occidental. Monsieur le Président, je voudrais savoir la position de la Révolution voltaïque sur ces deux questions.
Thomas Sankara: La position de la Révolution voltaïque est inscrites dans la proclamation du 4 août. Vu la proclamation du 4 août, nous soutenons tous les mouvements de libération. Monsieur le Président, vous l'avez dit au début, comme par symbole, vous avez installé votre quartier général au Conseil de l'Entente. Il semble cependant que certains pays du Conseil de l'Entente sont farouchement hostiles au Conseil national de la révolution. Lesquels?
Speaker 2: Je ne peux pas les citer, Monsieur le Président.
Thomas Sankara: Mais tant que vous ne les citerez pas, je ne pourrai pas vous répondre non plus.
Speaker 1: Par exemple, la Côte d'Ivoire, le Togo ou le Niger.
Thomas Sankara: D'accord. J'ai eu des contacts avec les dirigeants de ces pays voisins, amis et frères, des contacts téléphoniques extrêmement rassurants par lesquels contact Ils nous ont également assuré en retour de leur soutien et de leur désir sincère de voir la Haute-Volta s'engager dans une voie de développement, dans la stabilité, comme ils le précisaient généralement, ils l'ont précisé tous. Je tiens le président Houphouët-Boigny, le président Eyadéma, le président Sénou Kountché pour des ordres hommes de parole, des hommes d'honneur, et je n'ai pas de raison d'en douter. Si maintenant il y a des signes d'hostilité comme vous le dites, il faudrait qu'avec ce que je viens de vous déclarer, vous vous posiez la question aux dirigeants de ces pays pour savoir pourquoi, malgré de telles déclarations, il y a malgré du tout des signes d'hostilité contre la Haute-Volta. Rachid Dourjan du journal Mujahid Algérie. Donc je suis avec mon collègue d'Algérie Press Service, représentant d'un pays arabe et africain, et je souhaiterais, Monsieur le Président, que vous consacriez un mot sur vos rapports avec le monde arabe. Et vous demander comment vous souhaitez-vous voir fonctionner la coopération arabo-africaine et comment la Haute-Volta, du point de vue de la Haute-Volta bien sûr, comment souhaitez-vous, comment la Haute-Volta envisage cette coopération. Les peuples arabes et les peuples africains sont des peuples qui ont le même combat. Il y a chez les peuples arabes comme chez les peuples africains la même dictature, le même système d'oppression, le même système d'inféodation et de développement de l'impérialisme. Tout a été utilisé pour opposer le peuple arabe au peuple africain et vice versa. Je ne citerai pas de ville, mais vous avez ces expériences d'Arabes et de Noirs, d'Arabes et de nègres qui s'empoignent régulièrement parce que cela peut alimenter les colonnes de certaines presses.